Prendre ses distances
Je mets ici une pensée que j'avais écrite le 15 octobre 1999, couplée d'une première définition de la "tollerrance", écrite cette année. Je reviendrais plus longuement sur cette notion d'ouverture en chemin non balisé, dans un document spécifique. J'introduis ici cette notion, dans le cadre de nos travaux, pour souligner l'importance du processus (et donc du chemin infini) par rapport à l'état, dans la perspective d'individuation psychique et collective.
Pourquoi ses et non pas sa ?
Parce que distance est plurielle.
Il s'agit par là de la comprendre comme variation d'une relation. A l'autre, à l'objet visé, au réel.
Distance comme possibilité de choix du/des trajet(s).
Et, dans cette variation, cette "tolerrance"(1) vis-à-vis de la chose pre-donnée, s'ouvre la possibilité d'une rencontre épaissie, d'une mise entre parenthèse de ce que nous supposons savoir, le nez collé à notre petite fenêtre.
Distance, comme modalité d'existence propre a l'être humain, distance comme ouverture, distance comme vie.
(1) : J'appelle "tollerrance" un mot composé de tolérance et errance.
L'"errance", en relation à la mise à distance et au processus cognitif,
renvoie tout d'abord pour moi, dans l'ontogénèse de ma propre pensée
sur "l'être" de la distance, à celle des juifs dans le désert du Sinaï.
Il faut 40 ans d'errance pour que le monothéïsme s'installe en
profondeur. Pour qu'il devienne loi dans l'immensité du désert, en
projet de terre promise.
Mais cette errance ne peut pas, pour que l'individu s'advienne à
lui-même, ne pas être couplée à l'accueil de l'altérité. A quelque
chose qui se donne voilée, qui nous incite à l'errance positive.
La "tollerrance" est donc pour moi un préalable à un savoir toujours en
"pro-jet", tout le contraire d'un savoir emboîté une fois pour toutes
dans un cheminement pédagogique normatif.
Adrien Ferro
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