L’Etat c’est moi…. Non, c’est moi ! Non c’est moi… moi… moi !
Aujourd’hui, surpris par une « Chronique d’une mort annoncée » http://devlinux1.algora.org/ qui ne vous aura pas échappée et dont, pour des raisons hautement subjectives, je ne discuterai pas ici, je souhaite aborder la question de la régionalisation du dispositif de la formation professionnelle.
Initiée à partir du rapport Perissol de juin 2003 (à télécharger ici : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/034000602/index.shtml) elle avance à grand pas.
Elle nous invite à BIEN DIFFERENCIER ce qui relève de la politique de l’emploi, du ressort de l'État - et ce qui relève de la politique de la formation - du ressort de la région !
Le rapport Perissol, nous dit à ce propos :
"En
charge de la préparation à l’emploi et à la formation, l’Etat conserverait une gamme d’outils mobilisables en fonction
de la situation de l’emploi
L’Etat
doit conserver, dans le cadre de sa responsabilité générale de la politique de
l’emploi, des marges de manœuvre suffisantes pour faire face à une dégradation
du marché du travail et du chômage. "
Il s'agirait donc pour l'Etat de conserver la main mise sur des politiques conjoncturelles, se réduire à une espèce d’Etat-pompier en quelque sorte. Une gouvernance au sens cybernétique du terme (le mot cybernétique vient du grec kubernêtikê, de kubernan; cf. gouverner qui désigne « la science du gouvernement ». Kubernan = Le pilote du navire).
Une navigation à vue donc, au gouvernail, le long des côtes… au plus près… de quoi justement ?
Malgré les hosannas chantés ici et là, certains par opportunisme et népotisme local, d’autres par une véritable confiance dans la modernisation du dispositif de formation finalement « de terrain, plus individualisé, hors des mains sclérosées de l’Etat », la question de savoir à qui / quoi / comment cela va profiter à la dynamique générale du pays reste néanmoins ouverte.
Comment pouvoir en effet faire l’articulation serrée entre politiques de formation et d’emploi, si grandement nécessaire dans une société voulant valoriser l’économie de la connaissance ?
Comment inscrire cette articulation dans une dynamique européenne et dans la « stratégie de Lisbonne » ? (Mais croyons-nous encore à une stratégie européenne, ou sommes-nous dans la stratégie du plus grand repli ?)
Si décidément la gestion du dispositif de formation doit être au plus près des besoins, ces besoins ne peuvent pas uniquement être décidés ni résolus localement.
La
formation ouverte et à distance, notamment, peut et doit s’exprimer au delà des
frontières régionales.
Les besoins d’emploi tertiaire et intellectuel d’une région peuvent bénéficier (on
peut rêver !) de centres de télétravail d’une autre. Dans tous les cas de
figure, plus un métier se « tertiarise », moins le service doit être
crée à proximité du lieu où il est fourni.
Articuler emploi et formation relève de plus en plus en même temps d’une
articulation entre proximité et distance, notamment à travers les TIC.
La puissance publique a encore un rôle capital à jouer.
Des dispositifs nationaux devraient garantir un équilibrage entre régions riches et régions pauvres et également favoriser la mise en place de dispositifs interrégionaux.
Des cahiers des charges nationaux et des mesures de contrôle nous semblent également nécessaires autour des pratiques de modernisation de la formation, avec des aides spécifiques pour les régions moins bien loties en instances d’animation et d’accompagnement spécifiques.
L’Etat ne peut pas se dispenser de sa mission de régulation en amont (et ne pas seulement en aval !) et il doit se donner les moyens pour le faire.
Concrètement, il a encore besoin d’une mission d’observation et de conseil sur les enjeux et les pratiques de la société cognitive pour savoir comment intervenir en région et lisser les inégalités qu’inévitablement la régionalisation ne manquera pas de créer.
C’est
ceci que j’appelle une politique publique d’Etat : honorer ses fonctions
régaliennes, au nom de l’égalité de tous les citoyens face au savoir, à la
formation et à l’emploi, et ne pas céder aux confortables démons du
désengagement… moyennant finances.
Adrien Ferro 13 juin 2006
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