association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit
La démocratie constitue un otiumi du peuple, soit le milieui dans lequel le peuple se constitue comme tel (le peuple n’existe qu’en tant qu’il ne cesse de s’instituer, autrement dit il n’existe que comme idéal). L’histoire du suffrage universel n’est pas séparable de celle de l’école, précisément car la participationi fut impossible sans le savoir-lire et le savoir-écrire.
« Démocratie participative » est un pléonasme. Il ne faut pas opposer participation et représentation ; car le rôle du représentant politique est précisément de faire participer à la vie politique ceux qu’il représente.
Démocraties. En s’inspirant de Mc Crawford Brough Macpherson[1] on peut distinguer quatre idées de la démocratie : la démocratie de protection (garantissant la sécurité et protection des biens) ; la démocratie d’épanouissement (garantissant l’aspiration à l’épanouissement personnel, trop vite réduit au « pouvoir d’achat ») ; la démocratie d’équilibre (garantissant la régulation de l’offre et de la demande en s’appuyant sur un système de parties politiques comparables à des entreprises concurrentes[2]) ; reste alors la démocratie participative, qu’il faudrait peut-être appeler démocratie contributive. Qu’est-ce que contribuer à la polis ? Question compliquée que nous formulons en ces termes : que serait une technologie de la participation ou de la contribution ? Comment faire de la participation à l’espace médiatique, le moyen d’une individuationi psychique et collective, ou encore d’un milieu associé ? La lutte pour l’accès aux moyens de production est devenue une lutte pour les moyens d’information (ces vecteurs technologiques de transindividuationi).
Démocratie participative et télécratie. La démocratie participative doit lutter contre la télécratie plutôt que contre la démocratie représentative. Dans le contexte de la télécratie le problème est l’installation d’une démocratie (participative) non-représentative (démocratie sans peuple, parce que sans idéal du peuple). La « démocratie participative » ne doit pas se confondre avec l’intervention sur les plateaux de télévision, ce formatage de l’écoute du peuple, ce filtrage des citoyens-téléspectateurs, cette redite perpétuelle où on ne sait plus qui de la télévision ou du peuple commente ce qu’à dit l’autre. La démocratie participative comme démocratie de n’importe qui[3], n’est pas nécessairement une démocratie de n’importe quoi. Or, il n’est pas d’autres moyen d’agir sur le quoi, que d’agir sur les instruments que se donnent les qui pour accéder à leur quoi. Autrement dit, insister sur la médiation technique de la démocratie, c’est admettre que ce qui menace la démocratie est en premier lieu la télécratie, c’est prendre conscience que la conscience de l’oligarchie des technologies de contrôle ne suffit guère si on ne tente de comprendre ces technologies, c’est donc admettre que le projet de démocratie participative est autant industriel que politique (ce qu’il faut nommer « économie politique »).
[1] Crawford Brough Macpherson, Principes et limites de la démocratie libérale, Paris, La Découverte, 1985.
[2] Cf. Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie.
[3] Cf. Jacques Rancière, La haine de la démocratie, La Fabrique, 2005.