association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit
Le "devenir algorithmique" désigne le mécanisme inexorable qui est à l’oeuvre conjointement au processus de grammatisationi, celui-là même qui nous pousse vers une numérisation de plus en plus importante de notre monde.
L’algorithme, écrit Philippe Flajolet dans l’encyclopédie universalis, est
«un schéma de calcul, sous forme d’une suite d’opérations élémentaires obéissant à un enchaînement déterminé».
Parler d’algorithme aujourd’hui, au XXI siècle, c’est évidemment faire référence à un des derniers visages de la grammatisation et de l’engrammage qu’est la programmation informatique. Pourtant, la programmation n’épuise pas la question de l’algorithme, en ce sens que l’on ne programme que ce qui relève déjà du champ de l’algorithme c'est à dire ce qui a déjà été engrammé par le processus de grammatisation décrit par Sylvain Auroux. La grammatisation appelle l'algorithme et inversement, l'un ne va pas sans l'autre.
A ce titre, ce qui relève de l’algorithme est plus vaste que la définition mathématico-informatique qui lui est de nos jours systématiquement accolée. Il y a un devenir algorithmique dans la mesure où celui-ci joue un rôle de plus en plus important et visible dans nos vies. Ainsi, le devenir algorithmique s’inscrit jusque dans ces conversations commerciales que l’on nous impose au téléphone avec les télévendeurs ou téléconseillers :
« La conversation avec le client doit être rapidement référée à un « script », qui sera ensuite lu mot à mot par l’opérateur. Ce dernier peut-être sanctionné lorsqu’il « sort » du script, ne serait-ce que pour faire une réponse intelligente ou compationnelle à son client. Ainsi, les « amorces », réponses aux questions et autres formules de civilités sont prévues en amont de la conversation. Les phrases sont « déclenchées en fonction de l’attitude du client ou de ses questions. Finalement ces scripts sont des manières de « tayloriser » la conversation : celle-ci est découpée en unités de base et exécutée. » Marie-Anne Dujarier, Le travail du consommateur, Ed. La décourverte, 2008, p.27.
Ce devenir algorithmique ne va pas sans poser un certain nombre de questions, notamment lorsqu'il s'agit d'imposer des algorithmes à nos existences : nos organisations du travail, nos modes de consommationi, nos systèmes financiers, etc., ne laissant plus de place à l'initiative et à toute forme de motivation en effaçant toute possibilité d'individuationi psychique et collective.
L'algorithme est un pharmakoni, c'est à dire à la fois un remède, un poison, et un bouc-émissaire. A ce titre, il doit être l'objet d'une politique adaptée.