Capitalisme

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Capitalisme (Crise du)
 

À propos de ce « capitalisme », sur lequel nul ne s’entend vraiment, une chose semble certaine : il ne durera pas éternellement, il disparaîtra d’autant plus prochainement qu’il est apparu récemment.

Ce qui est en crise n’est pas le capitalisme en général (un mode industriel de production), mais son modèle consumériste. Ni Marx ni Keynes ne suffisent à penser le capitalisme, nous avons besoin de Freud. Pour nous, le capitalisme est d’abord une économie libidinale (qui bien évidemment repose sur des processus machiniques) et c’est cette économie libidinale, dans sa forme actuelle, qui est arrivée à l’épuisement du désir, ce pourquoi le capitalisme est devenu auto-destructeur. Ce qui s’épuise n’est pas seulement le capitalisme hyperspéculatif à tendance mafieuse, mais l’investissement en général, soit le désir d’un homme qui ne désir plus ce qu’il consomme.

Les trois phases du capitalisme. Le capitalisme a eu jusqu’à maintenant trois grandes figures. Il y a eu d’abord le pré-capitalisme, celui que décrit Max Weber, et qui va donner le capitalisme industriel du XIXe siècle, le grand capitalisme de la production machinique. Il y a eu ensuite le capitalisme de la consommationi, qui s’est développé au XXe siècle. Aujourd’hui, nous vivons une troisième figure du capitalisme, que parfois on dit celui de la financiarisation, de l’immatériel, on parle aussi de « capitalisme cognitif », de « capitalisme culturel » etc.  À notre avis, il n’y a pas d’ores et déjà un « capitalisme cognitif », il y a une tendance du capitalisme à aller vers un capitalisme cognitif, mais celui-ci est intégralement à inventer.

Nous ne parlons pas pour autant de « nouvel esprit du capitalisme » (cf. Boltanski et Chiapello), car nous vivons précisément dans un capitalisme qui n’a pas d’esprit, et qui soufre de ne plus en avoir (depuis Weber on sait que le capitalisme a besoin d’un esprit, or la crise du capitalisme est d’abord la crise de l’esprit du capitalisme).

 

Capitalisme consumériste. Le capitalisme industriel a ainsi changé de forme avec l’apogée américaine des industries culturelles et des psychotechnologies. Ce stade inédit du capitalisme (i.e du capitalisme pulsionnel ou du populisme industriel) repose sur une économie de consommation (et non plus de production) à visée comportementaliste. Son moteur se trouve dans la conjonction entre la « science » du marketing, le développement de la société de services, et l’utilisation massive des medias analogiques puis numériques (i.e des psychotechnologies). Parce que l’enjeu, depuis les années 50-60, n’est plus tellement d’assurer la production mais plutôt la vente et la consommation des biens produits par un appareil structurellement en surproduction, les groupes industriels, devenus mondiaux, visent explicitement à s’assurer le contrôle comportemental des individus, c’est à dire leur esprit, leur désir, leur identité. Les acteurs et les instruments essentiels de ce contrôle sont aujourd’hui les industries de services (qui produisent et vendent des « savoir-vivre ») et singulièrement les industries de programmes (télévision, cinéma, Internet, jeux vidéos, etc.)

 

Capitalisme et mécroissance. Le problème actuel du capitalisme se résume assez bien avec ce constat : In God we trust, dit le dollar…et non In God we believe. L’esprit du capitalisme est ce qui substitue la confiance (trust) à la croyance (believe), il n’a confiance que dans ce qui est calculable (la promesse est devenue un pari financier, dont probabilités et statistiques régissent les indicateurs de confiance). Qui croit encore qu’une reprise de la bourse annoncera la fin de la crise ? Chacun sent bien que le capitalisme ne croit plus à ce qu’il dit. La mécroissance est d’abord le fait qu’on ne croit plus à ce qui croît.  

 

Crise du capitalisme consumériste. Celle-ci repose sur trois limites structurelles :

 

- la baisse tendancielle du taux de profit et le désinvestissement auquel conduit la financiarisation, c’est-à-dire le découplage entre le système financier et le système de production industrielle.

 

- la baisse tendancielle de l’énergie libidinale, c’est-à-dire la démotivation généralisée (celle du consommateur dont le désir est industriellement exploité, celle du producteur obnubilé par l’exploitation de ce désir, et celle des investisseurs eux-mêmes qui sont devenus des spéculateurs, soit des capitalistes qui ne croient plus à l’investissement).

 

- le passage aux limites qui détruit le système de l’intérieur, soit l’augmentation surexponentielle des externalités négatives[1].

 


[1] Sur ces passages aux limites, cf. René Passet, L’Économique et le vivant, éditions Économica, 1996. Ces passages aux limites étaient déjà annoncés par le MIT dans le fameux rapport du Club de Rome.