association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit
Le désir est ce qui s’oppose à la pulsion, ce qui la sublime. La « sublimation » est le processus, nécessaire à l'humanité, par lequel nos pulsions se transforment en désirs qui sont porteurs d'une élévation : celle-ci est individuelle, mais elle nourrit le processus de civilisation par le biais, par exemple, de ce que l'on nomme l'éducation. Dire de la sublimation qu’elle est en danger, c’est dire que le désir et la motivation sont conduits à régresser au stade de la pulsion.
Le capitalisme financier, tout comme les médias de masse, nuisent à l’investissement car ils ne s'inscrivent plus dans le désir et le long terme mais dans la pulsion et le court terme. La question centrale de l’économie politique n’est pas celle de la relance de la consommationi, mais celle de la relance du désir, qui est manifestement en panne.
Destruction du désir. Le désir industriellement traité conduit à la destruction du désir, ce qui engendre la démotivation et du travailleur et du consommateur, là où, comme le redisent Boltanski et Chiapello après Max Weber, le capitalisme « marche » à la motivation. Il y a eu des techniques de fabrication artificielle de la motivation, et ces techniques ont fini par détruire cette motivation. Le capitalisme a très bien vu cela, il a développé, dans un sens, qui n’est pas celui de Marx, le « fétichisme » de la marchandise : il a utilisé la puissance de l’artefact comme captation du fantasme afin de fixer la libidoi sur ses propres objets. Le problème, c’est qu’il a fini par détruire toutes les structures qui sont les conditions de fonctionnement de cette libido, et qui ne se réduisent pas à la calculabilité. Donc le capitalisme a fini, en captant la libido, par la désingulariser. Or une libido désingularisée n’est plus une libido, c’est une pulsion. Aujourd’hui le capitalisme est arrivé à sa limite, il a transformé la libido en pulsion. Mais la pulsion, il ne sait pas quoi en faire, elle lui explose à la figure, et c’est ce que nous vivons en ce moment. La destruction du désir, c’est la libération des pulsions, et ça c’est le sujet de Malaise dans la civilisation, quand Freud parle d’une libération de la pulsion de mort (c’est d’ailleurs la première fois que Freud, pour qui la technique n’existe pas, parle d’industrie et de technique). Lorsque les gens souffrent de leur désir, c’est la névrose, lorsqu’ils souffrent ne plus avoir de désir, c’est la psychose. C’est aujourd’hui un phénomène mondial et de masse, compensé par l’hyperconsommation. Plus cette consommation addictive compense la perte de désir, plus elle entretient cette perte.