Hypermatière

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Hypermatière
 
 

Hypermatériel est un terme qui vient remplacer le terme immatériel (François Lyottard, André Gorz). Il faut se défaire de l’idée que les technologies de l’information et de la communication (T.I.C), ou les technologies cognitives et culturelles, sont immatérielles. L’immatériel n’existe pas. La matière, devenue flux, est de moins en moins solide, elle n’en est pas pour cela immatérielle, il faut au contraire de plus en plus de matériels pour la transformer. Le problème n’est pas l’immatérialité, mais l’invisibilité de la matière. Ce qui a considérablement bouleversé notre vision de la matière est par contre la maîtrise de sa vitesse.

 

Hypermatériel et information. L’information est en réalité un procès d’états de matière produit par des matériels, des appareils, des dispositifs techno-logiques qui contrôle le nanomètre et la nanoseconde ; ce pourquoi la matière est dite informée, ce pourquoi, l’information est dite hypermatérielle. Le propre de l’information est qu’elle peut se partager sans se diviser ; le critère de la rareté ne fonctionne plus dans cette reproductibilité à coût quasi-nul. Ce n’est pas seulement ce qui duplique qui est matériel, mais aussi ce qui est dupliqué. Les processus moteurs et mentaux des systèmes nerveux centraux peuvent être répliqués, copiés, enregistrés, transformés, extériorisés, et donc matérialisés sous d’autres formes.

 

Hypermatière et hylemorphisme. L’hypermatière est un complexe d’énergie et d’information où il n’est plus possible de distinguer la matière de sa forme. Toute l’œuvre de Simondon peut se lire comme la tentative de dépasser l’hylémorphisme (du grec : hylè, matière et morphè, forme) : en-deçà ou au-delà du couple de la matière et de la forme, ce qui émerge aujourd’hui est le couple de l’énergie et de l’information.

 

Hyper-matière et hyper-industriei. Il n’y a pas de société « post-industrielle », au contraire, tout est de plus en plus industriel. Simplement, ce ne sont plus seulement l’exploitation des énergies naturelles et la transformation des matières premières qui sont industrielles : c’est la cognition, c’est le façonnage des comportements individuels, c’est la culture commune. Dans l’économie de l’hypermatériel tout devient industriel, y compris la reproduction des vivants humains. Tous ces dispositifs hypermatériels sont des technologies de contrôles (Deleuze).