Individuation

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Individuation

 

Individuation. Être un individu, c’est être un verbe plutôt qu’un substantif, un devenir plutôt qu’un état, un processus plutôt qu’un donné, une relation plutôt qu’un terme, ce pourquoi il convient de parler d’individuation.

 

Individuation et individualisation. L’individuation n’est pas l’individualisation, elle est la formation de l’individu, toujours inachevée, toujours liée à d’autres individus, toujours sociale (en même temps que psychique). L’individualisation est bien plutôt une désindividuation.

 

Individuation psychique, collective, et technique. L’individuation anthropologique est triple, c’est une individuation à trois brins : psychique, collective et technique. L’individuation humaine est toujours à la fois psychique (« je »), collective (« nous ») et technique (ce milieui qui relie le je au nous, milieu concret et effectif, supporté par des techniques de la mémoire). Cet à la fois constitue en grande partie sa définition, et l’enjeu de sa philosophie.

 

 Ex. La médiation mnémotechnique de l’imprimerie (héritage d’un passé qui n’a pas été vécu) surdétermine les conditions de l’individuation  et reconfigure les rapports du je et du nous ; tout comme aujourd’hui, ce sont les technologies de l’information et de communication qui surdéterminent l’individuation.

 

Co-individuation. La co-individuation nomme la relation où deux individus constituent l’un pour l’autre un milieu associé. La co-individuation peut être aussi entendue en un sens esthétique, toute relation esthétique véritable est une co-individuation. Dès lors qu’on aborde l’individualité à l’aune de l’esthétique (ce qui est, entre autres, le geste du XVIIIe siècle), on comprend que la singularité du sujet de celle de l’objet se font écho, car c’est leur relation qui est singulière, il n’y a pas d’individualité de l’œuvre sans individualité de l’œil. Le germe de votre individuation est toujours au milieu de l’œuvre et de l’œil.

 

Individualité/particularité/singularité. L’individu n’est pas seulement un (unité, totalité), il est unique (unicité, singularité). Il est bien connu, mais mal compris que l’individu est singulier dans la mesure même où il n’est pas particulier. La particularité est reproductible, la singularité ne l’est pas... Qu’est-ce à dire ? Chacun en appelle volontiers à sa singularité, mais qu’est-ce donc que le singulier, s’il n’est pas la particularité ? C’est une question difficile que de savoir comment échapper à la particularité d’un chiffre (celui d’un génome ou d’un code barre RFID) ou à celle d’un moi (une opinion, un goût, un vote). Un individu est singulier dans la mesure où il n’est pas substituable (il ne rentre pas dans le schème de la division du travail, autrement dit, sa place ou son rôle ne peut pas préexisteri à son être). Il y a de quoi s’inquiéter de cette standardisation industrielle, ou de ce marketing qui transforme le singulier en particulier, de cette ignorance des techniques audiovisuelles qui assaillent notre cerveau et constituent notre passé, de plus en plus formaté, de moins en moins formé. La particularisation du singulier est une standardisation des modes d’accès au milieu préindividuel ; cette standardisation est source de désindividuation.