Attention

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Attention
 

L’attention est une modalité de la conscience ; toute conscience n’est pas attentive, mais toute attention est consciente ; elle est ce qui saisit (et donc constitue) l’objet de la conscience. La vie de l’attention se situe entre les rétentions (la mémoire) et les protentions (le projet), elle est une attente de ce qui advient. L’attente n’est pas un réflexe ; autrement dit, l’attention est quelque chose qui se forme et qui forme. La formation de l’attention est toujours à la fois psychique et sociale ; en effet, l’attention doit s’entendre à la fois comme attention psychique et comme attention sociale, autrement dit, à la fois comme attention perceptive ou cognitive (« être attentif ») et comme attention pratique ou éthique (« faire attention », prendre soin).

Nul ne peut désormais l’ignorer, entre l’école qui cherche à produire de l’attention et l’industriei audiovisuelle qui cherche à la capter, il y a conflit.

 

Formation (technique) de l’attention. Depuis tout temps on tente de former l’attention (ce qui suppose nécessairement de la capter). Le livre fut historiquement le medium fondamental de cette formation. Lorsque les techniques de formation de l’attention changent, c’est l’organisation des appareils psychiques qui change. À l’heure de l’audiovisuel (la nôtre), il s’agit encore de retenir l’attention (pour produire des rétentions), mais cette captation de l’attention conduit désormais à une destruction de celle-ci.

Industrie de l’attention. On connaît, désormais, le mot d’ordre télévisuel : détourner et capter l’attention des consciences, pour en faire « du temps de cerveaux disponibles », c’est-à-dire dociles aux injonctions de consommer. L’attention fait aujourd’hui l’objet d’une exploitation industrielle ; en effet, la matière première valorisée ou la ressource rare est devenue la capacité d’attention des consommateurs[1]. Toujours plus, et par tous les moyens, l’industrie médiatique tente de capter notre attention, et personne n’échappe à cette saturation cognitive et affective.

Déformation (technologique) de l’attention. Il est désormais prouvé que l’usage massif de la télévision dès le plus jeune âge conduit à un « attention deficit discorder » (à un désordre et déficit d’attention). Selon Katherine Hayles, les cerveaux des générations les plus jeunes, vivants donc dans un environnement de rich media, ne sont pas structurés comme ceux de la génération qui les précède ; ils ont de plus en plus de difficulté à accéder à ce qu’elle appelle la deep attention[2]. On sait que les cerveaux sont écervelés de plus en plus jeune[3], or plus l’enfant est exposé tôt, plus le risque est grand de la voir ensuite souffrir de déficit attentionnel (cette attention profonde qui sera précisément requise par l’école). En un mot, la télévision n’aide pas au développement cérébral (à la synaptogénèse[4]) ; d’où l’importance de lutter contre Babyfirst, cette chaîne de télévision pour bébé. 

 


[1] cf. J. Rifkin, L’Age de l’accès,

[2] Cf. Katherine Hayles, Hyper and Deep Attention : the Generational Divide in Cognitive modes, 2007. Celle-ci oppose à la deep attention, l’hyper attention. Bernard Stiegler critique cette dernière expression en insistant sur le fait que l’attention ainsi curieusement nommée est avant tout une attention dispersée et discontinue, plus proche de l’alerte ou de la vigilance — ou encore du « zapping » — que de la réflexion ; cette hyper-stimulation de l’attention mène en réalité à un déficit attentionnel et produit non de l’hyper mais de l’infra-attention.

[3] Aux Etats-Unis, dès l'âge de trois mois, 40°/° des bébés regardent régulièrement la télévision, des DVD ou des enregistrements vidéo. La proportion passe à 90°/° à partir de deux ans (cf. Frederic Zimmerman et Dimitri Christakis [Pediatrics, vol. 113]). En Europe, selon les pays et les milieux sociaux, entre 1/3 et 2/3 des enfants en bas âge ont désormais la télévision dans leur chambre (et près de 75°/° dans les milieux défavorisés en Angleterre).

[4] La synaptogénèse désigne le développement des synapses, qui sont elles-mêmes des circuits reliant les neurones du cerveau entre eux

 

 

Attention et mauvaises intentions

J'ai déjà dit le bien que je pensais de l'attentioni dans mon commentaire sur la bêtise.
L'attention est le fondement de toute intelligencei.
Il est bien possible d'ailleurs que la double attention que vous définissez comme "être attentif" et "faire attention" soit la définition de l'intelligence.
Chouette, plus besoin de définir la bêtise !;)
Sauf qu'apparemment elle fait des ravages chez les enfants...
(dois-je ajouter que je crois malheureusement que ce n'est pas que chez les enfants ?)
Mais que dire d'une société où les parents sont parfois obligés (et parfois pas) de laisser leurs enfants devant la télé-papa-maman-prothèse pendant des heures...
alors que les enfants eux-mêmes sont le plus beau spectacle du monde...
(We're living in a self empire)
La chaîne Baby-First ainsi que les images de programmes pour enfants montrées dans la conférence sur la télévision visible dans les archives de votre site font penser au film "Matrix"...
et je ne parle pas d'une ressemblance "esthétique" (dans le sens un peu faux dans lequel on utilise ce mot couramment), mais d'une ressemblance...
je n'ose pas dire "philosophique"...
alors je vais dire...
"Dans le fond, ça se ressemble un peu."