Destruction et formation de l'attention III : pour poursuivre le débat...

Publié par arsindusadmin le 10 Novembre, 2008 - 16:43

Destruction et formation de l'attention III - Considérations sur la crise systémique de l'éducation et ses conséquences pratiques

Le débat a été ouvert le 15 novembre 2008 au Théâtre de La Colline : VIDEO .

Pour prolonger ou réagir aux débats, vous êtes invités soit à "ajouter un commentaire" directement à ce message, soit - si vous êtes "membre" d'AI et connecté - à ouvrir un "nouveau sujet de discussion" à l'intérieur de ce forum consacré à l'école et à l'éducation.

Nous vous invitons également vous rendre sur : skhole.fr, un site pour "penser et repenser l'école". Vous pourrez notamment y télécharger le texte de l'intervention de Julien Gautier et Guillaume Vergne : Réenchanter l'école - Sur la motivation.

Le gouvernement peut-il entendre des propositions ?

Pour donner suite aux réflexions de la Colline et sans entrer directement dans les propositions concrètes, ma question est : des propositions telles que celles qui ont été énoncées hier peuvent -elles encore avoir un poids sur un gouvernement et face à l’inertie conjuguée d’un Etat qui appuie sa domination sur les formes de l’industrie technique, en particulier des technologies de communication, et qui sait l’usage liberticide qu’il pouvait en faire ? Raison pour laquelle je ne discute pas ici des propositions qui ont été énoncées, dont certaines ne demanderaient plus qu’à être mises en œuvre, mais de ce préalable. Et si cette collusion est avérée, dans ce cas, pour combattre les formes de techniques dont nous voyons les effets destructeurs, comment établir des formes de démocratie parallèle, des assemblées de citoyens parralèles peut-être, qui ne seraient pas anti-constitutionnelles pour autant (milieux associés, fonctionnement coopératifs de citoyens…) pour faire respecter des propositions telles qu’elles ont été énoncées, et ne pas compter sur l’Etat actuel… des choses ?

Ars Industrialis cherche avec raison les causes de la destruction de l’humanisme dans les formes de techniques caractéristiquent de l’époque et les analyse comme 1) passivantes 2) captatrices d’attention 3) captatrices de libido 4) destructrices du goût. Dans cette critique, il faut entendre non une censure globale ni particulière de tout jeu virtuel, de toute production d’image, du web ou encore du téléphone pris comme support de sollicitation permanente (qui dépasse son strict emploi comme téléphone), il faut entendre des techniques qui font l’économie de l’autre pour guider l’enfant dans son plaisir du jeu ou dans son effort de comprendre, d’apprendre. Voici des sollicitations qui – pour ne parler que des tecnologies de communication – se passent de l’autre comme autre d’où recevoir une parole et à qui adresser en retour la sienne. Qui laissent seul face à sa plateforme, et même dans ou face à un réseau. Et le psychisme est formé et dépendant de certaines de ces techniques, en particulier celles qui agissent directement sur son rapport à l’autre, sur sa parole et sa pensée.

Pourquoi un Etat ferait-il un usage liberticide de ces techniques qui agissent sur l’esprit et la pensée ? A lire presque chaque jour les preuves les plus éclatantes dans la presse, certains en doutent encore. Rappelons donc, pour eux, que le fichier Edvide est paradigmatique de cette collusion, dans la mesure où il est le produit d’un calcul d’ingénieur voulant maximiser les techniques informatiques et d’un acquiescement, d’un empressement, ministériel à valider ces listes au mépris le plus total des libertés privées inscrites dans la Constitution. Non seulement dans leur mépris, mais pour leur suppression (puisqu’il revenait à pouvoir inquiéter toute personne socialement impliquée et responsable). Est-ce le zèle, là encore ? Ce fichier est aussi paradigmatique de l’action de l’Etat dans la mesure où, ayant à peine reculé sur la pression de la Ligue des droits de l’homme, il revenait en force dans un appel d’offre grouvernemental à des sociétés capables de déterminer les leaders d’opinion, etc. je vous renvoie à l’information). Sans doute certains sont-ils encore trop imprégnés – pour représenter cela dans leur âme et conscience –, trop imprégnés de cette culture humaniste qui n’a pas attendu le monothéisme et qui, même bien plus tard, devenue laïque, a eu autant de force qu’une religion mais qui a aussi, soit dit en passant, malheureusement négligé d’enseigner Machiavel… ou alors comme une sorte de dramaturge politique à la Shakespeare. Comme écrivain, et non comme philosophe. Que faire donc contre cette collusion ? Et pourquoi l’Etat ne serait-il pas, dans sa nature actuelle, un représentant de l’idéal à même de lutter contre les effets de telles technologies ?

L’Etat n’est plus nécessairement du côté de ceux qui tendraient à rétablir l’équilibre malmené du rapport à l’autre, un équilibre peut-être atteint durablement. En cela, il ne fait pas que démissionner, face à une tâche trop lourde, comme figure symbolique elle aussi mise en cause dans sa légitimité par ces techniques qui se passent aussi bien de lui que d’une réflexion ou d’une transmission de savoir avec un professeur. Qui se passent de tout effort citoyen, comme de tout ce qu’elles peuvent contenir comme mémoire, comme textes, comme musique. Qui ne pensent pas et qui… ne votent pas non plus. Mais qui, par contre, aident à faire voter…

Donc cet Etat ne fait pas que démissionner face à une tâche trop lourde, il est au service ou tente de se servir (car quand on se sert mal de quelque chose, on …) de cette industrie technologique qu’il conduit plus loin qu’elle n’irait seule en tant que marché. Ce machiavélisme n’est pas nouveau pour un pouvoir, ce qui est sans doute nouveau en revanche, c’est la possibilité de s’appuyer sur une sorte de consensus qui est sans doute davantage une toxicomanie qu’un consensus en faveur des progrès technologiques. A moins encore qu’il ne cultive ainsi la pulsion de mort des individus, il y aurait à discuter sur cette fameuse pulsion dans le malaise et son rapport à l’environnement technique (cf. un philosophe comme Michel Henry par exemple). Ce machiavélisme est certes plus choquant dans ce qui est convenu d’appeler une démocratie. Et pourtant bien des choses ne sont que peu dites sur le népotisme fort probable de la plus grande de ces démocraties, népotisme qui fait voir d’un jour nouveau la dernière élection présidentielle américaine.

Ce que révèle cette collusion du politique avec des techniques potentiellement et de plus en plus liberticides, c’est l’atteinte profonde de l’idéal humaniste qui fonde tout vivre ensemble. Ou selon le nom qu’on voudra lui donner, d’un idéal civilisationnel, comme toute société en a un. Autrement il n’y a que groupe. Des idéaux civilisationnels, il y en a eu autant que de civilisations. Toute société se définit par un symbole, une pensée de sa réunion, de son lien, de sa permanence dans le temps. Que ce soit des textes fondateurs, des objets sacrés, des récits ou des paroles répétées, peu importe les supports symboliques de ce qui a rang d’idéal. Le nôtre est celui que l’on a appelé humaniste, celui relativement laïque de l’homme bon pour qui la culture peut contraindre la violence. En effet, un tel idéal enclot les mouvements de désunion et introduit une dimension de la médiation nécessaire si des éléments de confrontations surgissent entre les forces réunies.

Cet idéal en passe – en passait – par la transmission d’un savoir, la formation d’une sensibilité comme par la formation d’un idéal du moi – plus que d’un surmoi qui, lui, est là quoiqu’il en soit. L’idéal du moi, en revanche, ne survient qu’au terme d’une est le longue éducation du sujet , c’est grâce à lui qu’il saura «faire avec», autant subir que mettre à distance ce surmoi quand c’est nécessaire, et avec lui toute la violence du surmoi. Une construction pas facile et qui caractérise l’humain par rapport à toutes les autres espèces. Et où l’école avait un rôle à jouer. Or cet idéal, et la culture sur laquelle il s’appuyait avec lui, n’est plus reconnu aujourd’hui comme ce qui endigue la violence.

Un Etat qui ne donne pas signe de le reconnaître nourrit de ce fait lui aussi thanatos contre eros. (Et cela au mépris du son intérêt à long terme, car si thanatos vainc eros, comme cela est déjà arrivé dans l’histoire, il se trouvera quelqu’un pour faire sauter l’Etat… Les gouvernements sont mortels et les élus ne vivent pas sur des îlots. Mais rappelons-nous que nous sommes dans l’immédiateté, une tel présent que même l’histoire est rarement alléguée comme exemple par les hommes politiques. oubliée ou méconnue, l’histoire, comme dans l’enseignement de l’économie). Il choisit donc aujourd’hui de développer les outils technologiques de sa domination. Comme dans l’exemple cité plus haut, qui concerne le fichage des enseignants et des élèves «leaders d’opinion». Et fait imposer ce choix comme le seul possible, au lieu de favoriser la médiation des professeurs, d’assurer leur légitimité, de faire valoir leur effort de connaissance et de transmission. Il prend donc implicitement parti pour la révolte contre l’idéal humaniste. Le machiavélisme qui viserait à asservir la population par laquelle on a été élu rejoint en fin de compte la volonté indigne d’un homme politique de faire passer ses intérêts privés avant les intérêts collectifs. De ne plus penser à l’intérêt de la collectivité qui était au fondement de toute pensée du lien social. Et qui n’est pas enseigné dans les sciences de l’économie, indexées sur les seuls intérêts privés. Partout dans le monde, les idéaux civilisationnels sont atteints, à plus ou moins grande profondeur, compte tenu de la mondialisation de l’industrie technologique, de ses produits et de ses producteurs.

Alors Edvige : un lapsus révélateur, comme si quelqu’un avait dit tout le fond de sa pensée, subitement mis au grand jour là, transparent ? un paradigme de la collusion entre technologie et l’Etat prétendument démocratique ? Il faudrait être un Etat bien courageux pour mécontenter les quelques puissants qui continuent d’établir leur domination à travers les appels d’offres sécuritaires des gouvernements… Mais cet idéal civilisationnel n’est ni découpable en morceaux, quantifiable, ni totalement indexable, fichable. Ce n’est pas un ensemble fermé. C’est un esprit plutôt que des œuvres. Et seule l’histoire refoule parfois un pan de l’héritage, ou le détruit complètement, avec les vivants qui l’incarnent. Est-ce le cas ?
En matière de proposition tout de même, il faut occuper l’espace et le temps de la société pour remotiver l’idéal de liberté d’opinion, d’éducation et de culture.

Problème technique

N'ayant pu assister au débat, j'ai tenté de regarder la vidéo mise en ligne. Des problèmes de son rendent inaudibles l'intervention de Julien Gautier. Le texte de cette intervention est disponible sur http://skhole.fr/

Thierry Ternisien d'Ouville

Réenchanter l'école! Blogs...

Je dépose ici une copie de mon dernier post:

Voici un lien vers un réseau de blogs que nous développons au sein de notre lycée.

À chaque blog correspond une page Picasa de ressources consultables en ligne compilées par les enseignants. Cette proposition est une première étape et semble faire écho au débat : "Destruction et formation de l'attention".

http://taa-diderot.blogspot.com/

Vous pouvez naviguer à travers les différents blogs en consultant les différents liens présents sur la page: depuis la 1ère arts appliqués jusqu'au BTS design d'espace.

Évidemment ce sont des plateformes blog google ou canalblog et ceci est critiquable à bien des égards. J'attends d'ailleurs vos commentaires.