Consister

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Consister, exister, subsister
 
 

Par ce triptyque, nous qualifions la vie humaine. Dans chaque société, il semble exister un grand partage des activités humaines selon qu’elle sont soumises aux subsistances ou vouées aux existences, partage qui fait écho à celui entre l’otiumi (plans d’existence) et le negotiumi (plans de subsistance). Au couple traditionnel de la subsistance et de l’existence, nous ajoutons un troisième terme, celui de consistance (ce qui tient avec).

 

- La subsistance c’est d’abord la substance, ce qui subsiste sous. Cependant, dans l’ordre biologique, la substance ne se suffit pas à elle-même, elle a besoin d’un certain milieui pour subsister ; la subsistance désigne alors le besoin physiologique, pourvu qu’on rappelle qu’il n’est pas de besoin naturel chez l’homme qui ne s’inscrive dans un milieu culturel ou technique.

- L’existence est le fait pour l’homme d’ex-istere, d’être projeté hors de soi, de constituer son dehors ou son avenir. L’existence désigne aussi bien le mouvement de la vie : l’intérieur (le bio-psychique) et l’extérieur (le social, le langage, la technique) s’échangent, se métabolisent, se métastabilisent. Exister c’est donc se transformer.

- La consistance désigne le processus par lequel l’existence est proprement une individuationi. Pour que l’être-au-milieu s’individue, il faut que l’existenceque nous sommes y constituesaconsistance. L’être-au-milieu qu’est l’homme a ceci de singulier qu’une existence qui n’aurait pas de supports hypomnésiques ne pourrait pas consister.

Lorsque la vie humaine se nomme subsistance, lorsqu’elle est condamnée à consommer, lorsqu’elle perd le sentiment d’exister, c’est que le plan de consistance s’est dissocié. Le plan de consistance est celui où le désir se déploie. Le désir est toujours celui d’une singularité (ce qui n’est pas calculable ou mesurable). Par exemple, la personne que l’on aime est pour le psychologue, le sociologue, le statisticien, généralisable ou comparable, elle demeure cependant singulière pour l’amour qui nous constitue. Ces objets de désir qui consistent n’existent pas (ils sont infinis), ce pourquoi il faut en prendre le plus grand soin. Le plan de consistance n’existe pas, mais amène à l’existence, celle qui fait de nous des hommes (des êtres non inhumains).

 

 

Subsister, exister, consister

Depuis longtemps, dans ma petite tête "follette", je faisais une distinction entre "être" (correspondant à ce que vous appeler "subsistance") et "existeri" (où je mélangeais ce que vous appelez "existence" et "consistance").
Avant d'aborder votre vocabulaire, je voudrais faire au moins deux remarques.
La première concerne une sorte de contradiction dans votre discours.
Dans une des conférences visibles dans les archives de votre site (je ne me rappelle malheureusement pas laquelle), j'ai entendu Mr Stiegler dire une phrase avec laquelle je suis assez d'accord...
il disait (en "substance", si je peux utiliser ce mot dans ce contexte) que "l'humain ne pouvait se définir que par le verbe", ou "relevait du verbe".
Si j'avais bien compris, il ne parlait pas du "Verbe/Langage", mais dans le langage de ce que nous appelons couramment le (ou les) verbe(s)...
Comme les notions de subsistance, existence et consistance me semble liées à l'humain (ou à sa construction)...
La seconde remarque concerne une absence.
L'absence, aussi bien dans votre vocabulaire que dans le mien, d'une "notion" qu'on pourrait si ce n'est décrire en tout cas évoquer par le verbe "vivre" ou ou le mot "vie"...
Ce "vivre", cette "vie", en dehors du fait qu'ils reproduisent la dichotomie perceptive évoquée dans la remarque précédente entre un verbe de l'ordre du sujet et un substantif de l'ordre de l'objet, doivent, à mon avis, entrer en ligne de compte pour au moins deux raisons.
La première est leur caractère usuel, très répandu... "c'est la vie", "je veux vivre", "c'est ma vie"...
Alors je ne dis pas qu'il faut "intégrer" ces termes pour faire comme tout le monde, par conformisme...
je pense qu'il faut les "redéfinir" les "interroger" pour éviter ce qu'ils nous font à l'heure actuelle, pour combattre ce à quoi une certaine pensée "dominante" les a (et nous a) réduits en les intrumentalisant.
(Exemple : l'expression "c'est la vie", définit en pratique la vie comme "subsistance"... et même pire, comme "étant-donné objectif"... "vérité immuable, indiscutable"... alors que... vous verrez un peu plus loin)
La seconde raison est également une raison pratique mais un peu différente car elle concerne la pratique, le développement de votre pensée...
à mon humble avis, dans le domaine des consistances, vous ne pourrez pas éviter la question de "vivre" et son corollaire négatif...
(il y avait des choses à dire à ce sujet dans le débat-conférence qui a eu lieu à Tours... au passage, dommage qu'on ne puisse pas commenter tous les enregistrements audio ou vidéos sur le site).
Alors, pour revenir à vos définitions (et en même temps justifier la seconde partie de mon préambule), je suis d'accord avec la différenciation entre subsistance et existence à un (important) détail près...
Vous écrivez "Exister, c'est se transformer"...
Je suis tout à fait d'accord...
mais je pense que c'est également vrai pour la subsistance, "Subsisteri, c'est se transformer"...
Je crois que "Vivre, c'est se transformer"...
que la seule chose qui soit "immuable" dans la vie, c'est la transformation...
En ce qui concerne la différenciation entre "existence" et "consistance" (différence que je ne faisais pas car dans mon expérience ces deux "notions" ne faisaient qu'une), je pense que vous avez raison de la faire...
"Consisteri, c'est se transformer transformant..."
Subsister, exister et consister, c'est ça vivre...
Un vie se passant d'un de ces éléments...
"Ce n'est pas la vie".